Sangâta

Le Figaro

27 mars 2018

Certains écrivent des carnets de voyage. Thierry Pécou, lui, transforme ses pérégrinations en partitions. 

Les accords nomades de Thierry Pécou

Par Thierry Hillériteau

Thierry Pécou (2e à gauche) et sa troupe de musiciens.

Du vaudou cubain aux fonds marins, le compositeur français glane des images sonores partout dans le monde, qu’il insère dans ses partitions. Sa dernière création, « Sangâta », est donnée au festival Les Détours de Babel.

Certains écrivent des carnets de voyage. Thierry Pécou, lui, transforme ses pérégrinations en partitions. En témoigne Sangâta. Issue de sa rencontre avec la culture indienne, sa prochaine création sera donnée le 29 mars aux Détours de Babel. La manifestation iséroise, qui en est déjà à sa huitième édition, a fait des échanges culturels le fondement de sa ligne artistique. Le compositeur y sera son propre interprète, au sein de l’ensemble Variances, qu’il a fondé en 2011. Mais il dialoguera aussi avec trois musiciens de tradition hindoustani, jouant sur tabla et percussions, violon et flûte bansouri.

«Ce projet est né d’une demande de l’Alliance française, qui souhaitait mettre en place un projet de coopération culturelle entre notre pays et des musiciens indiens », explique Thierry Pécou. Un projet qui ne pouvait qu’intéresser cet infatigable voyageur. Depuis bientôt trois décennies, il n’a de cesse de parcourir le monde pour nourrir sa musique. Canada, Japon, Chine, Mexique, Colombie, Équateur, Cuba. « L’Inde, avec sa riche tradition et sa culture des raggas, m’a toujours fasciné, poursuit-il. Mais je n’avais jamais eu l’occasion d’y aller. » C’est désormais chose faite. En véritable «ethnomusicien», Pécou a séjourné à plusieurs reprises sur place afin de rencontrer des jeunes musiciens de Delhi et Mumbai.

Il y a fort à parier que Sangâta, « création franco-indienne » bâtie sur le modèle des raggas, n’est que le début d’une aventure qui s’étalera sur plusieurs années. Car chez Pécou, l’ailleurs est presque toujours sujet à plusieurs transformations. Pour preuve, son dernier opus, créé le mois dernier au prestigieux festival Présences de Radio France, dont il est un habitué : Méditation sur la fin de l’espèce. Une oeuvre pour violoncelle solo, ensemble instrumental et… chants de baleines enregistrés ! Une idée qui trouve ses racines profondes dans son voyage d’études au Canada.

Une poétique de la musique

C’était en 1989. « C’est là que j’ai pu pour la première fois approcher les baleines », se souvient-il. Un voyage fondateur. « Avant de partir au Canada, je n’étais pas à l’aise avec ce qu’on m’avait enseigné au conservatoire, qui me semblait figé dans la culture parisienne des années 1980. Les rencontres que j’ai pu faire outre-Atlantique avec d’autres traditions musicales ont été un vrai déclencheur », concède le musicien, dont les origines créoles ont certainement joué un rôle dans ce goût pour l’ailleurs. Après l’Amérique du Nord, où il reviendra à maintes reprises (parmi ses derniers projets, un concert-rituel inspiré des rites médicinaux des Indiens navajos), ce fut Cuba. « J’ai assisté là-bas à un rituel vaudou pendant lequel un musicien expérimenté transmettait son savoir à un jeune. J’ai alors saisi toute la complexité de ces traditions orales, et l’aberration d’une culture musicale occidentale qui se considère encore comme la seule savante. »

Plus qu’une esthétique musicale, donc, une poétique de la musique qui s’inscrit dans la droite ligne de ce qu’Édouard Glissant nomme la mondialité par opposition à la mondialisation. Une volonté d’étreindre toutes les cultures du monde, qu’il serait tentant de vouloir raccorder à un exotisme de surface très en vogue chez les compositeurs français depuis la fin du XIXe siècle. Thierry Pécou s’en défend : « Il ne s’agit pas d’exotisme, mais de faire de ma musique la mémoire de mes voyages. Une mémoire vivante et non figée, qui porte une résonance humaine et culturelle. »

 

Article original

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